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Austeria

(L’Auberge du vieux Tag)

1967-1982

Austeria de Jerzy KAWALEROWICZ

Scénario : Tadeusz Konwicki, Jerzy Kawalerowicz, Julian Stryikowski, d’après le roman de ce dernier

Image : Zygmunt Samosiuk

Décors : Jerzy Skrzepiński

Musique : Leopold Kozlowski

Avec : Franciszek Pieczka (l’aubergiste Tag)

Wojciech Pszoniak (Josele le Rouquin)

Jan Szurmiej (le Kantor fils de Kantor)

Ewa Domańska (Asia)

Gołda Tencer (Blanka)

Marek Wilk (Bum)

Zofía Bajuk (Mina)

 

Synopsis : Premier jour de la Première Guerre Mondiale. Le vieux Tag voit passer chez lui de nombreux hommes et femmes paniquant et fuyant, mais aussi un groupe de hassidim, Juifs pieux. Les discussions et disputes politiques, morales ou religieuses sont animées, et toutes les passions exacerbées en raison de la situation extrême que tous sont en train de subir…

La formation d’artiste de Jerzy Kawalerowicz est assez typique de nombreux cinéastes polonais post-1945 : études d’art (et pas seulement de cinéma) à Cracovie, films « sous contraintes idéologiques » de scénario, puis grâce à une personnalité certaine, des projets plus singuliers. L’auteur de Mère Jeanne des Anges (1961) ou de Pharaon (1966) sera connu en Europe de l’Ouest en même temps que Wajda ou Polanski.

Ses films, politiques et anti-dogmatiques, déstabilisent parfois davantage le public, notamment parce qu’ils mélangent volontiers les genres. Austeria, en effet, passe souvent et rapidement du drame épique à la comédie sentimentale, pour s’achever en tragédie symbolique. Ce projet, ancien, n’avait pu voir le jour dans les années 1960, car les autorités du « Bloc de l’Est » ne tenaient pas à ce que l’on parle positivement de tout ce qui pouvait évoquer, même indirectement, Israël. Une œuvre dont la plupart des protagonistes étaient juifs opprimés sur un territoire désormais soviétique devenait impossible dans un contexte qui voit par ailleurs des milliers de Juifs polonais quitter le pays sous la pression étatique.

Kawalerowicz ne renonça jamais, et l’hiver 1980-1981, moment plus libéral, lui permit de filmer cette fresque qui évoquait son expérience personnelle : enfant, il vécut dans une ville de Galicie, Gwoździec, dont la population était ukrainienne à 30% et juive à 60%. La Shoah a détruit cet univers-là, dont il se souvient et qu’il veut donner à voir.

 

Kawalerowicz parle de son film :

« Je suis en train de choisir des visages car je suis en train de créer un monde qui ne peut être créé qu’à partir des visages et rien d’autre. (…) En écrivant le scénario avec Stryjkowski et Konwicki, j’ai imaginé un monde éteint, une communauté aujourd’hui disparue, avec sa culture, ses coutumes, ses habitudes… »

(Entretien donné pendant le tournage à la revue polonaise Kino, n° 10, 1981)

« Par mon père, dont le nom était Kavalarian, je suis arménien. (…) J’ai pu travailler avec Wanda Jakubowska sur La Dernière étape en 1948 : ce film parlait des femmes qu’on a envoyées à Auschwitz. (…) J’ai vécu longtemps avec des Juifs qui sont souvent morts pendant l’Holocauste. Je me souviens de tout »

« Le film a été bien reçu par les communautés juives, mais c’était trop tragique, pour les survivants de l’Holocauste de revoir ce monde-là »

« C’est une métaphore, comme si l’on était la veille de l’Holocauste. A ce titre, l’eau est symbolique : se mélangeant avec le sang, elle représente tous ceux qui disparaîtront. Ce n’est pas explicite, mais c’est ce que permet les techniques du cinéma »

(Entretien avec Ray Privett, « God and country (or maybe not) », publié en anglais en 2001 sur le site international kinoeye.org)

 

Ouvertures :

Austeria de Jerzy KAWALEROWICZ

Pharaon (1966)

Un autre des films les plus connus de Kawalerowicz. Là aussi, la d’images fortes : l’Histoire avec un grand « H » s’écrit dans le bruit, le vent, le mouvement. Les corps, du geste jusqu’au visage, expriment les élans intimes et les troubles collectifs.

On notera aussi que le co-scénariste, Tadeusz Konwicki, a souvent travaillé avec Kawalerowicz. Cet homme de cinéma, qui est aussi romancier, explicite les démarches de son travail dans un roman, Le Complexe polonais (1977) :

« Le bonheur et le malheur des peuples rappellent souvent l’heur et le malheur des simples particuliers, des gens ordinaires perdus dans la foule, l’existence sans éclat de tous les jours. (…) Je me passionne pour l’histoire. J’observe la vie des peuples et des individus. Je me plonge dans l’histoire de Pologne et je la parcours dans un sens et dans l’autre, en long et en large. Tantôt, je me laisse emporter par l’émotion et par des lévitations exaltées, tantôt, je tombe au fond de l’abîme et de l’humiliation et du désespoir. (…) N’oublions pas que le bien est aussi libre et lent qu’un nuage dans le ciel et le mal rapide comme l’éclair. »

(traduction : Hélène Wlodarczyk, Tadeusz Konwicki écrivain et cinéaste polonais d’aujourd’hui, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 1996)

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